Stratégies et dynamiques de développement durable d’un territoire urbain
Oslo, Norvège
PRÉAMBULE : VILLE ET DÉVELOPPEMENT DURABLE
Défini en 1987 dans le rapport Brundtland Our Common Future, le développement durable « répond auxbesoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».
La présente monographie s’intéresse à un territoire urbain, Oslo, pour étudier les dynamiques et stratégies territoriales de développement durable. Le dynamisme de la ville, son pouvoir d’attraction sur les activités et donc sur les individus, en font un territoire d’analyse pertinent. Cette vision est d’ailleurs mise en avant dans la Charte d’Aalborg (27 mais 1994) où les villes sont considérées comme le « meilleur point de départ » pour entamer un processus d’Agenda 21 local. Les villes signataires se décrivent comme les instances les plus aptes à construire une justice sociale, des économies durables, et un environnement viable.
Une politique de développement urbain durable renvoie à un emboitement de démarches : aux politiques climatiques (plans urbains de réduction de CO2, énergies renouvelables, etc.) s’ajoutent les politiques de mobilité et de planification (densification, renouvellement urbain, polycentrisme, etc.), les politiques d’éco-construction et les Agenda 21 locaux qui sont des outils d’accompagnement, de sensibilisation et d’inflexion des modes de vie en invitant les habitants ou d’autres acteurs à prendre des initiatives pour un développement urbain durable. Toutefois la ville durable ne se réduit ni à ces caractéristiques, ni à une somme d’actions engagées dans ces différents domaines. La notion de « ville durable » possède au moins trois dimensions (Emelianoff, 2002) : (1) elle parvient à conserver son identité, à préserver son patrimoine et à cultiver sa résilience, (2) elle assure une certaine qualité de vie à ses habitants en permettant, grâce à des formes originales de densité urbaine, de favoriser les proximités sociales, générationnelles et fonctionnelles, et (3) la ville porte un projet politique collectif dont l’horizon n’est pas seulement le local mais aussi le global et le souci des générations présentes et futures. Selon Jacques Theys, l’application du développement durable à l’échelle d’un territoire urbain invite à « tisser les coutures » entre le local et le global, le sectoriel et le spatial, aménager les continuités entre les échelles et pour cela s’occuper des espaces de discontinuité en donnant du sens à ces lieux de rupture, sans nécessairement les combler.
INTRODUCTION
Si Oslo n’était pas une ville durable, comment expliquer qu’elle ait vécu déjà 1000 ans, en possédant successivement des fonctions commerciales, royales, militaires et politiques ? De quelques centaines de citadins, la capitale norvégienne compte désormais 575 475 habitants (Statistisk Sentralbyrå, 2009) dans une agglomération qui en possède un million. Pour réaffirmer cette trajectoire, le Gouvernement Municipal a pris une mesure symbolique en s’engageant à continuer à faire d’Oslo une ville durable pour les 1000 années à venir. Oslo est la capitale de la Norvège, ce pays prospère du fait notamment de ses ressources pétrolières.
L’urbanité d’Oslo s’analyse avant tout dans le rapport que la ville entretient avec la nature. Il n’est en effet pas étonnant pour un citadin de prendre le bac pour rentrer chez lui ou le métro pour aller faire du ski après une journée de travail hivernale! Le pilier social du développement durable n’est pas, en tout cas jusqu’à présent, le plus gros défi à relever pour la capitale. La société urbaine d’Oslo est ouverte et peu touchée par les conflits dans l’espace urbain qui rendent les actions sur l’espace public complexes, conflictuelles et fragiles. En outre, le PIB par habitant à Oslo est proche de 60 000 euros par tête et le taux de chômage reste très faible (2,2 % au 1er trimestre 2009 dans la municipalité), bien que la capitale norvégienne ait également été touchée par la crise (Statistisk Sentralbyrå). La ville entend aussi profiter à la fois de son rôle de capitale et d’une conjoncture économique favorable pour accélérer sa mutation. Elle souhaite accueillir 200 000 nouveaux habitants à moyen zerme et se revendique comme une cité dynamique, ouverte aux innovations, assumant la concurrence avec sa voisine danoise, Copenhague.
Cette capitale présente donc un cadre rêvé pour développer et ancrer une démarche de développement durable au niveau local. Les atouts naturels sont impressionnants, puisque 2/3 de l’espace compris dans les frontières administratives d’Oslo est recouvert de forêts et de lacs. Toutefois, même pour une capitale comme Oslo, des actions visant encore plus de développement durable sont incontournables car les enjeux sont déterminants : aménager le cadre de vie à court, moyen et long terme, rendre la ville accessible à tous, maintenir son rayonnement international, innover et rester à la pointe du développement économique, préserver la santé de ses habitants, etc. Le pays ayant décidé de devenir neutre en carbone d’ici à 2050, Oslo a aussi un rôle à jouer dans cette dynamique où local et global se stimulent mutuellement. Les actions durables entreprises, que ce soit à l’échelle de la ville ou du pays, sont néanmoins teintées d’ironie : comment promouvoir autant le développement durable lorsque le principal pilier de l’économie repose sur l’extraction et l’exportation du pétrole, une ressource très peu durable !
La problématique de la ville durable traduit donc un nouveau référentiel urbanistique pour les politiques publiques. Elle enclenche des changements, sans pour autant que tensions et contradictions soient absentes. Dans quelle mesure l’adoption du développement durable par la ville d’Oslo modifie-t-elle les cadres de l’action publique et les dynamiques urbaines ? Depuis longtemps la démarche adoptée par Oslo est orientée vers le développement durable, s’appuyant d’abord sur un système de management environnemental (I) pour développer ensuite un système plus global de management urbain durable (II). Mais les tensions permanentes entre les différentes sphères du développement durable révèlent la complexité de mener des politiques de
développement urbain durable. Oslo, qui reste une ville innovante, ne peut résoudre à elle seule des contradictions inhérentes au développement durable, même par des actions urbaines volontaristes (III).
1_ UNE DÉMARCHE PROGRESSIVE DEPUIS LONGTEMPS ENGAGÉE VERS LE DÉVELOPPEMENT DURABLE DURABLE ETET UYANT SUR UN SYSTÈME DE MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL S’APPUYANT SUR UN SYSTÈME DE MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL
En s’appuyant sur des concepts tels que l’écotechnologie et la labellisation environnementale des produits, des entreprises et des services municipaux, la ville d’Oslo a développé une approche scientifique et technique du développement durable. Elle s’est aidée de mesures réglementaires qui ont eu un rôle d’effet de levier pour la mise au point d’innovations techniques.
A. Une approche planifiée et technique du développement durable
1) Un Programme d’Ecologie Urbaine
En 1991, Oslo a mis en place sa première politique environnementale grâce à la publication d’un Programme d’écologie urbaine, renouvelé et ré-adopté par le Conseil Municipal tous les 4 ans. Le renforcement de la structure bleue/verte de la ville est au cœur du programme. La municipalité élabore et diffuse aussi de nombreux documents guides sur les actions écologiques et environnementales de la ville, tel que Le Guide pour le management environnemental de la Ville d’Oslo.
2) Oslo, Green Capital : la consécration En 2003, Oslo a reçu la récompense de la ville européenne durable qui vise à promouvoir la durabilité urbaine en Europe, notamment en stimulant l’échange de connaissances et la dissémination des « bonnes pratiques » locales. Ce projet fédère des réseaux de ville et répond au souci de la Commission européenne d’ancrer la démarche de développement durable au niveau local. A partir de cette consécration, la démarche de développement durable a été renforcée dans la municipalité. Deux points d’entrée principaux ont été privilégiés : le développement d’un système de gestion environnementale et la recherche d’une meilleure garantie de vie pour les habitants.
3) L’Agenda 21 local : la vision du développement durable à Oslo Pour diffuser et promouvoir les actions territoriales de développement durable, la municipalité d’Oslo a établi en 2003 une Stratégie de développement durable.
« Oslo doit être une capitale du développement durable, caractérisée par une croissance économique, sociale et culturelle selon la capacité de la nature à supporter cette croissance. Nous avons la tâche de léguer cette ville à la prochaine génération dans de meilleures conditions environnementales que celles dont nous avons-nous-même hérité. Oslo doit être parmi les capitales mondiales les plus respectueuses de l’environnement et les plus durables ».
Cette vision s’inscrit dans l’Agenda 21 de la Ville d’Oslo. Celui-ci présente une politique globale qui intègre les considérations environnementales, sociales et économiques pour créer une ville plus solidaire et agréable à vivre, où chacun respecte l’environnement et la personne humaine. Pour réaliser cet Agenda 21, Oslo travaille activement en coopération avec les organisations non-gouvernementales, les entreprises et les agences nationales présentent à Oslo. L’Agenda 21 local, en dépit de ses faiblesses potentielles d’opérationnalité, joue un rôle de sensibilisation interne –au sein de la collectivité- et externe –lorsqu’une concertation est organisée en direction des habitants et des acteurs socio-économiques. Ce document a donc un intérêt pédagogique, puisqu’il déclenche des réflexions et des analyses, travaille les représentations et permet aux divers acteurs urbains de se familiariser avec le concept de développement durable.
B. Développement d’un système de management environnemental
1) Le verdissement de la municipalité d’Oslo
D’après le Programme d’Ecologie Urbaine de 2003, « Oslo doit mettre sa propre maison en ordre à travers une administration municipale respectueuse de l’environnement ». S’ajoute à cette injonction un rapport du Conseil Municipal, The Green Municipality, qui prône l’établissement d’un système de management éco-efficient dans tous les services de la municipalité afin d’empêcher une utilisation abusive des ressources. Le Green Municipality Program propose d’attribuer aux autorités municipales une certification environnementale, tel un signal renvoyant aux actions menées dans les domaines de l’éducation, de l’information et des pratiques. 34 départements de la municipalité, 15 districts municipaux et 176 écoles sont actuellement certifiées1.
2) Stratégie de protection du climat
En 2005, le Conseil Municipal s’est engagé à faire de la région d’Oslo un leader dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), et à réduire de 50% les émissions d’Oslo en 2030 par rapport au niveau de 1990. En 2008, un plan de réduction des GES a été adopté. Il préconise d’explorer de nouvelles méthodes de collaboration avec les entreprises privées et le gouvernement, ainsi que de faire de tous les bâtiments municipaux des constructions passives2 et d’inciter les employés municipaux à préférer des modes de transport alternatifs à l’avion pour leurs voyages professionnels.
3) La recherche d’efficacité énergétique La ville d’Oslo possède un Fonds énergétique, principal instrument financier utilisé pour instaurer des mesures d’efficacité énergétique tant dans le secteur public que privé. Au cours de la période 1997-2000, le fonds a accordé en moyenne 3,4 millions d’euros par an à une variété de projets et d’initiatives proposant de nouvelles économies d’énergie. Selon la municipalité, sans ce financement, la consommation d’énergie à Oslo aurait été de 10% supérieure. Outre le fonds, les mesures pour l’efficacité énergétique et l’amélioration des bâtiments nouveaux et existants sont financées par les budgets municipaux ainsi que par le Fonds norvégien de l’énergie, Enova SF.
Les mesures se concentrent sur le système de chauffage urbain, le traitement des déchets et la récupération d’énergie, ainsi qu’une utilisation énergétique des écoles. Fin 2008, le Conseil Municipal a approuvé la mesure consistant à assurer la connexion de tous les bâtiments de plus de 1000 m² au système de chauffage du district, à moins qu’il y ait des alternatives disponibles encore plus favorable à l’environnement. Ce réseau de chauffage utilise l’énergie issue des déchets, la biomasse. Quant à l’énergie fossile utilisée pour le chauffage, elle sera entièrement retirée en 2020. Il est aussi intéressant de remarquer que l’énergie produite à Oslo est issue de l’énergie hydraulique. Concernant les déchets, une part de 95% est recyclée, dont 72% par incinération ce qui permet de récupérer de l’énergie qui sera ensuite fournie au réseau de chauffage du district d’Oslo. En 2008 a aussi été introduit une nouvelle norme de consommation d’énergie dans les bâtiments scolaires de la ville.
Désormais, les nouveaux bâtiments ne doivent pas excéder 105 kWh/m², et les projets de rénovation sont soumis au seuil de 120 kWh/m². Ces limites sont inférieures à la régulation nationale. Ainsi, bien qu’Oslo fasse preuve de volontarisme, le manque de continuité entre le local (la ville) et le global (le pays) reste problématique dans une perspective durable. Le défaut de cohérence entre les actions menées selon les échelles présente une des limites des effets réels que peut atteindre une politique de développement urbain durable.
C. Mobilité, transports et habitat : des solutions pour lutter contre la pollution et favoriser le transport
en commun
1) Une planification urbaine durable
Des actions sont menées pour lutter contre l’étalement urbain, avec l’idée que l’utilisation du sol doit se faire en direction d’un développement urbain dense. La stratégie de la ville pour mener une planification urbaine durable comprend des mesures pour densifier l’habitat autour des réseaux et des nœuds de transport collectif. Elle interdit également la construction dans la ceinture verte entourant la ville.
2) Une attention particulière prêtée aux transports en commun De multiples projets de développement des transports en commun dans la région d’Oslo sont engagés. Débutés en 2002, ils devraient prendre fin en 2011. Ces projets concernent la construction d’une nouvelle ligne de métro, la mise en place de lignes de bus supplémentaires et l’amélioration des infrastructures existantes. Parallèlement les places de parking pour les véhicules individuels ont été réduites dans le centre-ville pour encourager les habitants à prendre les transports en commun. La ville a également adopté un programme de développement des infrastructures mais elle attend toujours l’aval du ministère du Transport qui, par ailleurs, en finance 20%. A nouveau se traduit ici un conflit d’échelle.
Le système de transport cherche à ne pas nuire à l’environnement et à utiliser des énergies renouvelables : la compagnie de transports en commun de la région d’Oslo a décidé qu’à l’horizon 2020 plus aucun de ses bus n’utilisera d’énergie fossile. Seront préférés le biogaz, le bioéthanol et le biométhane à partir de 2009. Celui-ci sera issu des eaux usées des usines, collectées par les stations d’épuration de la ville et converties en combustible. En outre, les conducteurs sont formés à des techniques de conduite respectueuses de l’environnement pour réduire la consommation de carburant.
Ces politiques de transport présentent d’ailleurs un relatif succès, puisque les passagers de transports en commun ont augmenté de 7% en 2008; sur la même période, le nombre de voitures entrant dans la ville et décompté grâce au péage urbain a diminué de 1,5%. Néanmoins, le prix des transports en commun pour les usagers (2,9 euros le billet unique) ne représente pas une mesure équitable et « durable » du point de vue social, puisqu’elle exclue une partie de la population qui ne peut se permettre de telles dépenses.
3) Péage urbain et véhicules individuels
Parallèlement à l’attention particulière prêtée aux transports en commun, un péage urbain existe afin de limiter l’usage de véhicules individuels sur le territoire urbain. Tarifé à 2,9 euros pour les voitures et 8,4 euros pour les poids lourds, les recettes du péage permettent de financer les projets d’infrastructures et d’amélioration des transports en commun. Le circuit de financement est donc lui aussi « durable ». Concrètement, le péage contribue à diminuer entre 5% et 10% le volume du trafic routier. A cette mesure visant à limiter la croissance du trafic routier et les émissions de GES associés s’ajoute l’appel à utiliser des véhicules individuels moins polluants.
En 2008, la municipalité d’Oslo a introduit un critère environnemental, à savoir que toutes les nouvelles « petites voitures » -les plus utilisées en ville- doivent être soit des véhicules électriques, soit avoir des émissions de CO2 n’excédant pas 120 g/km3.L’utilisation de véhicules électriques est encouragée par l’offre de places gratuites dans les parkings municipaux, le passage gratuit au péage, le droit de circuler dans les lignes de bus et la construction de 400 points de rechargement entre 2008 et 2011.
Ces mesures (forte restriction à l’image de l’automobile, péage urbain) risquent cependant de pénaliser les catégories les plus défavorisées, en particulier celles qui habitent en zone périurbaine. Pour résoudre cette contradiction inhérente à l’interaction entre les différentes sphères du développement durable, une solution peut être d’offrir modulation géographique et sociale des mesures prises.
Oslo a donc articulé sa démarche de développement durable autour d’un système de management environnemental qui met l’accent sur les problématiques urbaines de transport, d’environnement et d’habitat.
Mais les actions de la ville s’étendent progressivement à la sphère sociale, économique, pour garantir la qualité de vie des habitants. La démarche territoriale de développement durable d’Oslo passe également par le « 4e pilier » : la gouvernance.
II) D’UN SYSTÈME DE MANAGEMENT ENVIRONNEMENTAL À UN SYSTÈME DE MANAGEMENT URBAIN DURABLE
A. Mesures pour un développement socialement durable
1) La promotion d’un mode de vie durable
A Oslo, la promotion de modes de vie durables vise à construire une société de consommateurs, d’acteurs et de citoyens écologiquement responsables. L’objectif est d’accompagner et d’encourager les changements tant au niveau individuel que collectif. Les actions se fondent sur l’éveil des consciences individuelles, encouragé par l’éducation à l’environnement qui se fait dès la crèche où les enfants placés dans les barnehage se retrouvent en pleine forêt. L’apprentissage du développement durable débute à l’âge scolaire et se poursuit par la formation continue, notamment pour le personnel des administrations et des élus.
L'implication et la coopération de tous les acteurs dans ces stratégies est assortie d'une politique d'information, de formation et d’événements publics, tel que le festival environnemental annuel d’Oslo. La ville d’Oslo collabore avec une association de consommateurs écologiques (Grønn hverdag) sur plusieurs initiatives, notamment EcoPledge où les familles sont invitées à réduire leur empreinte écologique et à adopter des modes de vie davantage durables. Sur le site internet, Klimaklubben.no, les internautes peuvent tester et comparer leurs empreintes écologiques, ainsi qu’échanger et recevoir des informations sur la façon dont ils peuvent réduire leur impact climatique. Ces démarches posent toutefois la question de l’impact de mesures simplement incitatives sur le comportement réel des individus, ainsi que du respect d’engagements pris sans contrepartie aucune.
2) La problématique de l’accessibilité
L’adaptation des lieux publics et des bâtiments à toutes les tranches d’âge et à toutes les conditions, en particulier les enfants, les personnes âgées et handicapées, est une dimension originale caractérisant la réflexion durable d’Oslo. La finalité est de créer une ville pour tous, sans discrimination concernant l’accès au logement, aux transports et aux divers équipements urbains. Par exemple, les transports publics sont conçus pour être accessible par tous : même les personnes handicapées et les parents avec des poussettes peuvent accéder au métro et l’aménagement intérieur des wagons tient compte des spécificités de chacun.
3) L’engagement de la ville pour un développement durable de la société Oslo est signataire de la Déclaration de Fredrikstad4 concernant le développement durable de la société. Le développement humainement et socialement durable recherche à maintenir, voire améliorer le bien-être humain, tant pour les générations actuelles que futures. Des critères tels que les caractéristiques personnelles (éducation, santé, libertés individuelles) ou collectives (cohésion sociale, parité, niveau et répartition des richesses) sont prises en compte. Un tel développement implique que les politiques publiques, qu’elles soient économiques, sociales ou écologiques, n’engendrent pas de dysfonctionnement sociaux à travers l’extrême pauvreté, l’exclusion, les conflits, etc. Oslo remplit cette fonction par diverses actions. Tout d’abord, la parité y est importante : une loi de 2006 impose le recrutement de 40% de femmes dans les conseils d’administration des grosses entreprises et les partis politiques norvégiens se sont toujours entendus pour avoir un minimum de 40 % de femmes au sein du cabinet. La Norvège possède également une politique de congés de maternité « durable » : après avoir eu un enfant, les femmes reçoivent 100 % de leur salaire pendant un an et les hommes sont forcés de prendre des congés de paternité s'ils ne veulent pas perdre certains avantages financiers! La prison ouverte située sur l’île de Bastøy, près d’Oslo, met en pratique un tout nouveau système de détention « durable ». Il s’agit d’une prison modèle, dont les principes de base sont l’écologie, la réinsertion et l’humanité.
Les 115 détenus – meurtriers, violeurs ou petits truands – vivent dans des maisons de bois sans barreaux ni barbelés, en faisant de la culture et de l’élevage. Le directeur de la prison déclare : “ce que nous voulons, c’est responsabiliser les détenus, leur donner confiance en eux, et leur apprendre le respect” afin de les aider à imaginer et construire leur avenir. Rares sont ceux qui tentent de s’évader, sous peine d’être placer en prison de haute sécurité. En outre, sur une base de long terme, d’un point de vue économique et social, cette prison écologique est ce qu’il y a de moins cher pour la société. Ces mesures font écho à un des enjeux du développement durable qui consiste à permettre l’épanouissement de tous les êtres humains, et donc la satisfaction des besoins essentiels que sont l’emploi, l’éducation, la culture, la santé et le logement. La municipalité d’Oslo cherche, par ses actions, à améliorer la situation de tous ses habitants, des plus aisés aux plus démunis.
B. Le 4e pilier du développement durable à Oslo : développement des partenariats et de la gouvernance
1) La coopération entre les « composantes » de la ville La multiplication des acteurs et des partenariats public-privé impliqués dans la fabrication de la ville, ainsi que l’adaptation des modes de gouvernance, sont des conditions indispensables à l’avènement d’une ville durable.
Toutes les « composantes » de la ville doivent travailler ensemble, en partenariat. Oslo a ainsi organisé le Forum pour une ville durable5, regroupant des représentants d’ONG, d’entreprises, du gouvernement central et de la municipalité d’Oslo. La principale tâche de ce Forum est de contribuer à construire l’image d’Oslo comme étant une ville durable ; l’accent est placé sur l’introduction d’un management environnemental de la Ville et la coopération des acteurs permet de prendre des mesures communes. La non-présence des citoyens est toutefois dommageable.
2) Une action fondée sur les différentes échelles du développement durable, du local au global Oslo développe des actions de collaboration dans plusieurs réseaux : la municipalité a fait sienne le jeu d’échelle -du local au global- requis par le développement durable. La ville coopère activement avec les municipalités urbaines composant la région d’Oslo sur une vaste série de défis environnementaux communs, comme l’utilisation des sols, les transports, les espaces verts et de loisirs, les déchets et le traitement de l’eau. Les 15 districts urbains d’Oslo forment ainsi les premières arènes de coopération avec les résidents locaux, les associations et les entreprises locales. A l’échelle nationale, Oslo fait partie du programme « Villes du Futur » avec 12 autres villes norvégiennes. Ce programme a été lancé par le ministère de l’Environnement en réponse à la demande de ces villes de développer une coopération plus approfondie pour combattre les GES. Une part importante de ce programme réside dans la signature d’un accord mutuel entre chaque ville et l’Etat sur une coopération légale et des actions concrètes. D’après Tore Leite, conseillère en problèmes climatiques au Département de l’Environnement et du Transport d’Oslo, ce programme « permet à ce que l’Etat s’engage dans une coopération permettant de résoudre les défis climatiques et environnementaux que rencontre la Ville d’Oslo afin d’atteindre son objectif de réduction des émissions de 50% d’ici à 2030, tout en sachant que cet objectif ne pourra pas se réaliser sans un cadre légal plus favorable et des subventions économiques plus importantes qu’aujourd’hui ». Oslo participe également au forum nordique sur l’environnement et la santé, et mène des actions dans le domaine environnemental avec d’autres villes européennes et mondiales. Oslo est notamment membre de ICLEI (le conseil international des initiatives environnementales locales) et d’Eurocities. Partie prenante dans la campagne des villes européennes durables et signataire de la Charte d’Aalborg, Oslo est une ville pilote en ce qui concerne l’instauration d’indicateurs européens de soutenabilité. La capitale norvégienne est aussi une ville durable au sens où elle agit non seulement à l’échelle de sont territoire mais aussi au niveau global. A cet égard, son implication internationale pour le développement durable passe également par un projet de démocratie locale mené en Afrique du Sud, à Neelspruit. Elle suit aussi un programme de solution pour l’eau et les égouts en Europe de l’Est (Lituanie, Estonie et Russie).
III) VILLE
ET DÉVELOPPEMENT DURABLE SONT-ILS RÉELLEMENT CONCILIABLES AU-DELÀ DES ENGAGEMENTS PRIS ET DES MESURES DE «FAÇADE» ??
A. Une tentative de synthèse des politiques de développement durable menées à Oslo : le projet de renouvellement urbain de l’ancien port
1) Une capitale qui se réinvente en jouant sur la mixité et en conservant un rapport particulier à la nature Bien que la ville d’Oslo ait un territoire occupé encore aux deux tiers par la nature (forêts, lacs, etc.), elle s’est étendue depuis la seconde moitié du XXe siècle de manière diffuse dans les vallées des anciens fjords autour d’axes lourds de mobilité. Pour freiner cette extension et les effets environnementaux induits, la politique urbaine cherche à récupérer l’ensemble des sites portuaires centraux -dans les secteurs d’Aker Brygge, Tjuvhlomen et Bjorvika- et à les reconvertir en quartier urbain dans un projet territorial durable : « la ville-fjord ».
2) Bjorvika
Le premier maillon de cette revitalisation urbaine est le quartier de Bjorvika au sud de la partie la plus centrale de la ville, sur le site des anciennes darses du port. Il est conçu comme une ouverture de la ville sur le fjord, en zaisant appel à la figure de la « ville-baie ». L’urbanisation des darses en presqu’île forme en effet une succession de trois baies urbaines autour desquelles le projet se structure. Le but recherché n’est pas celui de ruptures entre artificialité et nature mais la production de passages, pour mieux donner à habiter. Le quartier de Bjorvika veut ainsi constituer une référence européenne de « ville sur l’eau », capable à la fois de produire une dynamique urbaine grâce à une mixité fonctionnelle et d’enrayer l’exode résidentiel périurbain des citadins en leur proposant un habitat plus dense mais en contact avec la nature. Ce projet urbain est intéressant dans la mesure où il cherche à rendre compatible la nature et l’aménagement de la vie urbaine.
3) L’Opéra : un équipement culturel, durable et emblématique
L’Opéra d’Oslo, inauguré en avril 2008, s’inscrit dans le quartier de Bjorvika. Il est emblématique d’une construction conçue pour favoriser une appropriation par d’autres usages que celui lié à sa fonction. C’est une des conditions de réussite pour l’articulation des nouveaux quartiers avec la ville existante. C’est aussi un exemple pour de futurs projets durables de construction, de transports ou encore d’espaces publics. Non seulement c’est un beau monument architectural qui assure une fonction artistique, mais en plus il « fait lieu » et il est en lien avec la ville. Il représente en effet un espace public extérieur majeur, avec son toit qui invite à son ascension pour découvrir le fjord et le paysage de la ville. Son architecture « environnementale » comprend notamment de nombreux panneaux solaires.
« Cet Opéra est d’abord un espace urbain très physique offert à la cité. Il est emblématique d’une nouvelle typologie de bâtiments qui régénèrent les cités. Celui-ci part à la reconquête du port historique d’Oslo qui avait été délaissé et encore traversé par une autoroute qui sera supprimée », Francis Rambert, directeur de la Cité de l’architecture et président du Jury Lies-Van-der-Rohe6
B. Tensions et défis liés à ce projet
1) Comment intégrer le renouvellement d’un quartier dans une perspective urbaine de développement durable ? L’enjeu de la centralité et des espaces publics Le projet de renouvellement urbain de l’ancien port n’est pas sans poser certaines inquiétudes : est-ce que le renouvellement urbain d’un quartier profite à toute la ville ? Un tel projet de réhabilitation de quartiers non loin du centre-ville d’Oslo avec un foncier à prix élevé favorise-t-il la mixité sociale, un des objectifs du développement durable ? Il est difficile de dresser un bilan à cette étape. Néanmoins, les autorités municipales auront sûrement à considérer les questions de la ségrégation, des connexions et de la complexité des effets causés par les politiques de développement urbain durable. Il sera nécessaire de relier spatialement et socialement, par l’espace public, la ville existante aux nouveaux quartiers. Se pose ici un enjeu lié à la question de la centralité. Situés en bordure de la vieille ville, à proximité immédiate de la centralité actuelle, ces nouveaux quartiers obligent à redéfinir un équilibre et une continuité avec la ville existante : ils transforment la onfiguration de la centralité d’Oslo, étendant sa dimension, enrichissant la nature de l’offre d’activités, modifiant les flux et les intensités urbaines. Cela peut avoir un impact positif, les différentes parties se reliant et se complétant pour créer un grand centre. Mais le risque existe aussi que l’on construise un nouveau centre, séparé de celui qui existe, lui faisant concurrence et l’affaiblissant. C’est donc un défi mais aussi des opportunités qui s’offrent à la capitale pour innover et inventer son avenir.
2) La question de la résistance des acteurs au changement Lorsqu’un territoire se veut durable, il ne peut négliger les difficultés inhérentes à la participation de la société civile et des acteurs privés, ainsi que les décalages entre les discours et les comportements. Si la participation de la population est indispensable à l’élaboration et à l’exploitation de programmes destinés à mettre en œuvre les principes du management territorial durable, un certain nombre de points faibles subsistent. Tout d’abord, rien ne garantit que les attentes de la population aillent dans le sens de la durabilité : les problèmes, auxquels sont sensibles les individus (intérêt particulier), ne figurent peut-être pas parmi les plus urgents à résoudre (intérêt collectif). En outre, les questions de durabilité sont complexes, ce qui peut amener une partie de la population à les reléguer au second plan de leurs préoccupations. Au problème de l’acceptabilité des démarches durables par la société civile s’ajoute la question de l’inadaptation des comportements des ménages face aux injonctions du développement durable. A Oslo, longtemps habitués à profiter de tarifs très faibles pour l’eau et l’électricité, les habitants surconsomment ces énergies et ce malgré les récentes hausses tarifaires. Ce décalage, pouvant être qualifié d’une « quasi inconscience » de la population, mène à des situations ahurissantes, telles que des immeubles entiers de bureaux éclairés tout le week-end alors que personne ne s’y trouve…
C. Contradictions inhérentes au développement durable : une ville en échec malgré elle ?
1) Angle mort
Il existe à Oslo des registres d’inaction quand on considère la problématique du développement durable. Par exemple la réduction des inégalités écologiques ne sont ni reconnues ni mesurées, alors que certaines populations sont surexposées aux nuisances et aux risques. Reconnaitre ce sujet ouvrirait un nouveau champ de responsabilité pour les entreprises et les pouvoirs publics. En outre, les politiques de participation restent majoritairement conventionnelles : quelle appropriation par les habitants des enjeux globaux ? Qu’en est-il de la reconnaissance des actions spontanément engagées par les citadins, associations, acteurs privés ? Oslo a donc des marges de manœuvre pour devenir une ville encore plus durable, notamment en orientant ses politiques
publiques sur les enjeux sociaux et démocratiques.
2) Complexité et originalité des politiques de développement urbain durable Il est important que la Ville d’Oslo n’en reste pas à concevoir un projet urbain de qualité mais s’assure que le passage à l’acte que constituera chaque projet soit lui aussi porteur de qualité. D’ailleurs, le programme Lebend in Oslo témoigne de cette volonté. Une des manières de le concrétiser pourrait être de favoriser les approches horizontales entre disciplines, entre professionnels et même entre politiques afin que l’action de chacun soit cohérente avec celle des autres et que les effets cumulés non contradictoires. Une organisation spécifique pourrait être recherchée dans ce but, qui permette d’assumer les contradictions, les conflits potentiels et rende possible l’arbitrage et la prise de décision.
3) Quid des actions de développement urbain durable dans un contexte de crise ?
La Norvège est touchée par les fluctuations du pétrole et par la crise économique et financière actuelle. Le temps de construction du nouveau quartier en sera donc modifié. Comment faire pour qu’il ne soit pas bloqué à un stade ne permettant pas un fonctionnement urbain correct ? Confier la responsabilité de la réalisation de certains espaces publics au secteur privé ne facilite pas des solutions intermédiaires d’attente; des mécanismes comme ceux utilisés en France, où les collectivités sont responsables des équipements et sollicitent une participation du privé, seraient plus opérants dans ces conditions. Il pourrait également être intéressant de concevoir des aménagements intermédiaires, provisoires et à faible coût, dont le but serait d’anticiper la manière dont le quartier vivra dans l’avenir, d’assurer son fonctionnement dès à présent, et d’éviter que ce qui a
été réalisé ne soit altéré du fait de la venue trop tardive des projets nouveaux.
CONCLUSION
En adoptant la grille du développement durable, cette monographie a étudié la stratégie d’action publique menée à Oslo. Les acteurs tentent de répondre aux défis soulevés et aux tensions existantes entre les différents piliers du développement durable. Le cas d’Oslo montre que la problématique des villes durables se construit par ajout et modifications successives. De l’enjeu climatique à l’éco construction, de l’éco-construction à la mobilité durable, des coûts de l’étalement au resserrement urbain, de la ville dense à la ville dense renaturée, etc. les questions se déplacent à mesure de tentatives de résolution des problèmes.
La problématique de la ville durable est toujours relative à des contextes géographiques spécifiques, ce qui rend peu comparable les actions menées. La Charte d’Aalborg souligne que « chaque ville étant différente, c’est à chacune qu’il appartient de trouver son propre chemin de parvenir à la durabilité ». Ainsi, la notion de développement urbain durable renvoie également au développement du caractère particulier d’une ville. De ce point de vue, les politiques publiques menées à Oslo sont un succès, bien que des efforts soient à mener pour travailler encore plus en transversalité.
La ville durable est un projet, un horizon, en aucun cas une réalité. Elle s’apprécie davantage par les dynamiques enclenchées que par des résultats, qui par ailleurs ne sont jamais immédiats. Une ville durable est d’abord un cadre où prennent sens des projets collectifs, un formidable levier pour l’innovation démocratique. Cette considération qui passe parfois au second plan à Oslo, devant l'implication intransigeante de la municipalité vers toujours plus d'écologie, alors que l'utilisation de davantage de ressources vers le pilier social du développement durable serait parfois préférable. Bien que cet aspect soit encore peu problématique dans la capitale, la mis en place de mesures de prévention et l'amélioration des situations existantes répondraient
clairement à une démarche de développement urbain durable.
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1 Les départements techniques sont certifiés par la norme ISO 14001 ; le programme « Eco-Lighthouse » s’adressant aux
petites et moyennes entreprises et aux administrations publiques norvégiennes.
2 Une construction passive désigne un bâtiment dont la consommation énergétique au m² est très basse, voire entièrement
compensée (par les apports solaires par exemple).
3 Par comparaison, la moyenne nationale d’émission des voitures norvégiennes est de 186 g/km.
4 THE FREDRIKSTAD DECLARATION, An invitation from the national conference on community action for sustainable
development, février 1998
5 Ce Forum se réunit de 2 à 3 fois par an.
6 Lies-Van-der-Rohe est le prix de l’Union européenne pour l’architecture européenne. Cette année il a distingué l’Opéra
d’Oslo.
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