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Tags: Francia | Reunion | Urban Translation
Portrait de territoire : La Réunion
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Le développement d’une île face aux enjeux du développement durable
Introduction
L’île de La Réunion, à la fois région et département français, a connu une modernisation et un développement particulièrement fort au cours des 20 dernières années. Le choix d’un territoire insulaire est d’autant plus intéressant que son isolement dans le contexte de la mondialisation le confronte à des enjeux non seulement économique mais également démographique, sociaux, et écologiques important.
En effet, La Réunion devrait atteindre le million d’habitants d’ici 25 ans, ce qui rend les question d'emploi, de financement de projets, d'organisation de l'espace, de ressources énergétiques, et plus largement de développement durable d’autant plus prégnantes, et cela d’autant plus que la société réunionnaise est en constante mutation et a encore un modèle à construire, à faire accepter à l’ensemble de la population.
L’ensemble de ces enjeux est notamment pris en compte dans le Plan Réunionnais de Développement Durable élaboré par la Région Réunion, en coordination avec l'Etat et le Conseil Général. Ce document stratégique qui a fait l’objet d’une concertation avec des acteurs du socio-économique actifs dans l’île a pour but d’apporter des réponses aux Réunionnais soucieux du développement de leur territoire sur le long terme. Ce plan prévisionnel fait figure de rupture dans la mesure où, depuis sa décolonisation en 1946, La Réunion a connu un développement certes rapide, mais pas véritablement maîtrisé, de sorte qu’aujourd’hui une telle réflexion est non seulement nécessaire, mais urgente. Ce portrait de territoire examinera tour à tour les enjeux démographiques, économiques et sociaux, et écologiques auxquels l’île doit faire face.
1. Les enjeux démographiques : une population dynamique, jeune, en proie au problème de la mobilité La croissance démographique particulièrement accrue à La Réunion représente à la fois une force, dans la mesure où constitue un potentiel de développement pour l’île, et une faiblesse, ou du moins une difficulté, puisqu’elle se traduit par une forte proportion de jeunes, diplômés ou non, arrivant sur le marché de l’emploi saturé au niveau local. En effet, l’économie locale ne crée pas suffisamment d’emplois pour absorber l’arrivée des nouveaux actifs, et doit par conséquent s’ouvrir au monde, sous peine d’être exclue du développement mondial, malgré le dynamisme dont elle a fait preuve au cours des dix dernières années, avec une croissance moyenne de 5% par an.
Dans ce contexte, la mobilité de la population réunionnaise est un clé pour l’avenir de l’île. D’abord parce qu’elle constitue actuellement une source d’inégalités entre les Réunionnais qui ont les moyens de s’offrir cette ouverture au monde, synonyme des débouchés professionnels, mais également d’épanouissement personnel. Plus largement, La Réunion doit elle-même élargir ses horizons en multipliant les échanges avec la zone Océan Indien, et pas seulement la métropole.
La mobilité est également un enjeu à l’intérieur même de l’île de La Réunion, et ceci du fait d’une pression démographique insuffisamment jugulée par un réseau de transport limité. En effet, les transports de personnes et de marchandises sont uniquement assurée par un réseau routier organisé autour d’un seul axe circulaire : la Route Nationale. L’augmentation constante du nombre de véhicules et le phénomène de migrations pendulaires ont pour conséquence la saturation du trafic, de moins en moins tenable d’un point de vue logistique et environnemental.
La revalorisation et l’amélioration de l’offre de transport en commun routiers s’avère ainsi nécessaire, mais pas suffisante. C’est pourquoi des solutions alternatives au tout-automobile voient le jour, à l’instar du Tram-train qui devrait voir le jour en 2013. Plus qu’un nouveau moyen de transport, le Tram-train pose des questions fondamentales en d’aménagement du territoire. Il s’agit en effet d’optimiser la répartition des fonctions logistiques en privilégiant la concentration urbaine autour de pôles majeurs, de façon à limiter l’étalement de habitat, et par là de freiner, voire de réduire l’utilisation de l’automobile.
2. Les enjeux économiques et sociaux : les problématiques de l’emploi, du logement, et des débouchés économiques La Réunion se trouve actuellement dans une situation sociale très préoccupant, avec un taux de chômage de plus de 30%, un jeune sur deux étant privé d’emploi, plus de 180 000 allocataires du RMI, et plus de 120 000 personnes en situation d’illettrisme. En lien avec la question démographique, la situation du marché de l’emploi est le problème majeur pour les 25 années à venir. En effet, selon une évaluation de l’INSEE, la population active de La Réunion devrait passer de 130 000 à 440 000 personnes, entre aujourd’hui et 2030 : cette croissance du nombre d’actifs ne peut être soutenable si le rythme de création annuelle d’emplois reste inchangé.
Le problème de l’emploi est amplifié par l’insuffisance et l’inadéquation des formations disponibles à La Réunion. Il existe en effet un écart important entre le nombre de diplômés universitaires et le nombre de ceux qui trouvent effectivement un emploi. Il s’agit donc de réorganiser les dispositifs de formation, pour répondre au plus près des besoins de l'économie en améliorant le niveau de formation de la population dans les secteurs clés du développement de l’île. Il s’agit donc non seulement de mettre en contact les acteurs de la formation et les entreprises pour identifier ces besoin, mais aussi d’améliorer le suivi pédagogique des élèves pour une meilleure orientation, et cela le plus tôt possible.
La perspective du million d’habitants d’ici 2030 pose également la question cruciale du logement, puisqu’on estime la création de 160 000 à 174 000 logements sera nécessaire pour répondre aux besoins de la population, ce qui constitue un véritable défi, et en même temps une source de création d’emplois pour l’île, puisque la construction de nouveaux logements signifie également l’extension des réseaux de distribution d’eau, d’assainissement, et d’électricité. D’autre part, l’augmentation de l’offre de foncière doit se faire de manière réfléchie, dans le respect de l’environnement, avec le soucis de densifier les agglomérations urbaines dans un logique durable, en tenant compte également des besoins de logements locatifs sociaux aujourd’hui en nombre insuffisant, dont il faudra accroître considérablement la production.
En terme de débouchés économiques, La Réunion se trouve dans une situation de transition. D’une économie qui reposait autrefois largement sur l’agriculture, elle a évolué vers une économie de services, avec la montée en puissance du secteur touristique, mais ces sources de revenu demeurent insuffisantes car La Réunion dépend encore largement des subventions étatiques et européennes. Le développement de nouveaux secteurs d’activité, comme par exemple les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), semble donc indispensable dans l’optique d’une plus grande autonomie financière.
Au moment de la décolonisation, l’agriculture était en effet le secteur principal d’activité à La Réunion, et occupait quasiment la totalité des terres disponibles, soit 97 000 hectares. On dénombre aujourd’hui plus de 7000 exploitants agricoles, l’écoulement de la production de sucre, principale denrée d’exportation, étant garanti jusqu’en 2014 dans le cadre de la Politique Agricole Commune (PAC), au niveau européen. Ainsi, le secteur agricole reste une source d’emploi et de revenu non négligeable, aujourd’hui en proie à la concurrence, et doit évoluer pour rester compétitif dans le cadre d’une économie mondialisée.
Le secteur touristique, quant a lui, a un impact croissant sur l'économie réunionnaise en termes d’investissements, de création d’entreprises, et donc d’emplois. Cependant, l’essor de ce secteur a été plus tardif à La Réunion que dans d’autres DOM (notamment la Martinique et la Guadeloupe) et ce du fait de l'éloignement vis-à-vis de sa clientèle européenne, du coût de transports, mais aussi de l’absence de stratégie de développement. Dès 1989, la prise de conscience de ces handicaps va progressivement changer la donne, avec l’accroissement du nombre d’emplois créés dans ce secteur et des retombée économiques en terme de dépenses touristiques qui dépassent les revenus de l’industrie sucrière, pourtant principal secteur économique à l'export. Malgré ces progrès, d'autres stratégies doivent être créer pour renforcer ce secteur d’activité qui est encore loin d’avoir atteint son potentiel de développement maximal.
Dans le cadre de la croissance du secteur tertiaire, et en parallèle avec l’accroissement du secteur touristique en particulier, il est intéressant de noter l’apparition des services de proximité. Dans une société réunionnaise en profonde mutation marquée par les évolutions démographiques, en terme de modes de vie, l’entrée massive des femmes sur le marché du travail, etc., la réponse à de nouveaux besoins liés à l’amélioration de la qualité de vie (garde d’enfant, maintien à domicile des personnes âgées, sécurité des biens et des personnes, services culturels et de loisir, tri sélectif des déchets, etc.) constitue une opportunité de développement structurante pour l’économie locale et le maintien de la cohésion sociale dans la perspective d’un développement durable.
Dans ce contexte de développement des services, le secteur des TIC constitue non seulement un enjeu pour le développement territorial, mais encore un levier puissant de désenclavement souvent invoqué par les politiques soumis à la problématique de l’insularité. Le Plan Réunionnais de Développement Durable décrit ainsi les TIC comme un domaine d’activité stratégique (DAS), susceptible de jouer un rôle catalyseur en accroissant l’intensité des relations sur le plan local, et étendant le champ d’intervention de La Réunion à l’international. Le développement des TIC permettrai en effet de représentent en effet de susciter l’innovation, de mettre en réseau les acteurs socio-économique, en effectuant une rupture par rapport aux pratiques économiques, sociales, et politiques mises en place depuis la départementalisation. En effet, les différences et les inégalités socioculturelles (illettrisme, créolité, chômage, etc.) sont un frein à l’essor des TIC, qui pourraient jouer un rôle essentiel dans la réforme de l’État et des services publics locaux. Il s’agit pour les aménageurs du territoire de manager le territoire réunionnais en accordant une importance accrue aux réseaux, aux services publics, afin de répondre à des enjeux d’attractivité économique, de cohésion sociale et territoriale et de développement durable de l’île.
3. Les enjeux du développement durable : vers une autosuffisance énergétique ? Au delà des changements de comportement individuels urgents à l’échelle planétaire, l’acuité des enjeux du développement durable est particulièrement prégnante à La Réunion, compte tenu de la croissance démographique et de la diversité culturelle, qui posent les problème de la préservation du lien social, de la qualification et de l’emploi des hommes, dans le cadre d’une gestion raisonnée des ressources naturelles renouvelables ou non qui favoriser le co-développement durable de La Réunion dans l’Océan Indien.
Malgré des avancées significatives au cours des dix dernières années, les pratiques quotidiennes doivent progresser au niveau individuel ( tri des déchets, consommation d’énergie, gestion de l’eau, mode de déplacement, etc.) comme au niveau des politiques publiques ( gestion des déchets, assainissement collectif et individuel, offre de transports, critère de haute qualité environnementale en matière de constructions publiques, etc.). Pour ce faire, la mise en œuvre effective des principes clés du développement durable s’impose, et passe par l’application des principes de solidarité entre les générations, entre les territoires ; du principe de précaution ; du principe de pollueur - payeur ; du principe de gouvernance, du principe de biodiversité, etc.
La Réunion dispose de deux principaux types de ressources énergétiques les énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) et les énergies renouvelables : l’eau, le vent, le soleil, la biomasse et la géothermie (exploitation à l’étude). Face à la croissance démographique, il est nécessaire de répondre aux besoins énergétiques en améliorant les capacités de production, la mise à niveau des réseaux de distribution, et les comportements de consommation. En parallèle, l’enjeu majeur en terme de répartition énergétique et de réduire la dépendance à des énergies fossiles importées et moins respectueuses de l’environnement que des énergies renouvelables abondamment disponibles sur l’île.
Dans ce contexte, La Réunion est considéré comme le territoire le mieux à même de réaliser les objectifs du Grenelle de l’Environnement, c'est-à-dire d’atteindre 50% d’énergies renouvelables en 2020. Aujourd’hui déjà à 37%, l’île envisage même de parvenir à une complète autonomie énergétique d’ici 2030. Mais si La Réunion peut plus facilement prétendre à l'autonomie énergétique que d’autres territoires, elles est également plus directement menacée par les conséquences du réchauffement climatique, et notamment par la montée des eaux : le défi écologique est une question de survie pour l’île.
Conclusion
L’examen des enjeux auxquels se trouve confrontée La Réunion nous révèlent à la fois ses atouts et ses contraintes. Face à la progression démographique, aux changements climatiques, à la mondialisation, le développement économique et social de l’île doit être revu sur le plan de l’aménagement du territoire, en terme d’habitat mais aussi en terme de protection des espaces naturels.
La distance et l’insularité ont tendance à augmenter la vulnérabilité de La Réunion dans la mesure où il s’agit d’un petit système économique isolé, et dépendant des subventions métropolitaines et européennes, source de revenu qui tend à se tarir dans le contexte d’élargissement de l’Europe. La structure de son économie encore très liée à la culture de la canne à sucre doit évoluer vers une économie des services et de l’information pour gagner en autonomie. Cet affranchissement doit également passer par une réduction des inégalités, notamment en terme de mobilité, qui compromet l’existence d’une réelle continuité territoriale avec la métropole.
Mais La Réunion disposes aussi d’atouts non négligeable : une population jeune et de plus en plus qualifiée, une stabilité politique, monétaire et juridique, un niveau d’infrastructures supérieur vis-à-vis de ses voisins, un potentiel fort en terme de développement économique (touristique, TIC, etc.) Sa richesses et sa diversité culturelle et de mieux en mieux connue du monde grâce à un véritable effort d’ouverture.
L’île comporte également des ressources naturelles remarquables à valoriser, qui a long terme pourraient lui permettre d’atteindre l’autonomie énergétique et de s’imposer comme un modèle en matière de développement durable.