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Buenos Aires : la « Villa 31 », Quelle durabilité du système de gestion des déchets actuel ?

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Urban Translation
Escrito por Anthony Taieb   
Martes, 20 de Octubre de 2009 17:19

Tags: Argentina | Buenos Aires | Ciudades | Urban Translation

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Buenos Aires : la « Villa 31 »

ou le paradoxe de la misère durable

Quelle durabilité du système de gestion des déchets actuel ?

Enseignement de Philippe Estèbe

 

Stratégies territoriales et développement durable : contraintes et contradictions

Préambule - Buenos Aires, une ville sous-tension

La capitale fédérale de l'Argentine s'étend sur plus de 200 km2 et compte près de 15 millions d'habitations, constituant ainsi l'un des espaces urbanisés les plus grands et les plus peuplés du sous-continent latino-américain.             Marqué par un héritage européen plus fort que dans les pays, et même les provinces voisines, la ville de Buenos Aires présente des spécificités sur le plan politique, culturel et sociologique qui en font un parfait laboratoire d'évolutions urbaines. L'intérêt de ces évolutions tient pour partie au fait que, face à l'urgence de traiter des demandes sociales et des besoins économiques qui se sont fortement intensifiés depuis la crise qui a violemment frappé le pays en 2001, les impératifs du respect de l'environnement semblent constituer une nouvelle source de tensions fortement négligée, face à la prégnance de ces besoins sociaux et économiques. La ville présente donc un intérêt particulier en ce sens qu'elle connaît des dynamiques propres, à l'intersection de celles caractéristiques des villes de pays en développement et de celles de villes de pays dits développés.

 

Fondée sur la rive Ouest du Rio de la Plata - fleuve le plus large du monde mais aussi l'un des plus pollués - cette ville a été construite selon le plan de la plupart de ses homonymes latino-américains, anciennes colonies espagnoles, selon un modèle de quadrillage qui s'étend à partir d'une place centrale où se concentre l'essentiel du pouvoir politique et de l'activité économique. Même si la plupart des quartiers pauvres, dont les plus pauvres prennent la forme de bidonvilles appelés villas miseria, ont été relégués en périphérie plus ou moins lointaine, certains îlots de pauvreté jouxtent les quartiers les plus riches[1], créant une forme de tension latente au sein de la ville. Ce phénomène  s'autoalimente par la persistance des pouvoirs locaux, comme de la majorité de la population - obnubilée par la menace d'une nouvelle récession - à ignorer la situation de misère dans laquelle se trouve une partie des portègnes[2].

 

En plus de cette poudrière sociale qui s'ancre dans un contexte de crainte généralisée de la précarité, les questions identitaires semblent jouer un rôle important dans les relations sociales, notamment à travers l'obsession de la grandeur passée d'une nation unie, puissante sur le plan économique, dominante à l'échelle du continent, et rayonnante au niveau international. La fracture entre les descendants directs d'européens et les personnes visiblement descendantes d'indigènes appelées « cabecitas negras »[3] est assez forte dans la capitale fédérale, et semble participer de ce paradoxe sentimental de fierté nationale et de rêves d'ailleurs, partagé par tous mais pour des raisons différentes.

 

Dès lors on aura vite compris que, au-delà des clichés mondiaux sur une ville où il fait bon vivre, et où le lien social est fort car soutenu par une confiance dans la croissance et par un orgueil national généralisé, on a affaire à une ville sous tensions, ou le doute et le manque de confiance dans les autorités publiques entraînent un repli sur soi et un faible pouvoir de contrôle sur les ravages sociaux, économiques et environnementaux causés par l'ultralibéralisme.

 

La « villa » la plus chère du pays

C'est dans ce contexte que se trouve, en plein cœur de la ville, et derrière la station de trains de Retiro, la Villa 31, souvent désignée comme la villa la plus chère d'Argentine, en raison du prix particulièrement élevé du foncier dans le quartier où elle se trouve. En effet, elle fait face au quartier de Recoleta, où habitent les populations parmi les plus aisées de la ville, et où se trouvent la plupart des ambassades et autres bâtiments luxueux. Comptant aujourd'hui près de 40 000 habitants, et en pleine croissance démographique[4], la Villa 31 a été planifiée par le gouvernement dans les années 30 pour offrir un logement bon marché aux nouveaux travailleurs immigrés venus d'Europe et employés comme ouvriers portuaires[5]. Censée rester une construction provisoire, celle-ci s'établit sur des terrains non-constructibles appartenant à la compagnie nationale des chemins de fer, le long des voies, et s'étend aujourd'hui sur une quinzaine d'hectares.

Elle comporte six quartiers et marque une violente rupture dans le paysage moderne de cette partie de la ville par son aspect chaotique caractéristique d'un bidonville. La plupart de habitants de la Villa 31, comme c'est le cas pour la majorité des villas, sont  boliviens, paraguayens et argentins des provinces du nord, plus « indigènes ».

 

L'intérêt de se pencher sur une villa argentine lorsque l'on interroge la question du développement durable tient essentiellement à ce que nombre de villeros, habitants de villas, travaillent plus ou moins en partenariat avec la Ville de Buenos Aires dans une activité de recyclage des déchets urbains, en tant que cartoneros. En d'autres termes, ils parcourent la ville à la recherche de déchets recyclables qu'ils revendent ensuite au poids à un prix extrêmement bas. Dès lors, il semble pertinent de s'interroger sur la nature des enjeux économiques, et sociaux auxquels sont confrontés le territoire de la Villa 31 et ses habitants, avant d'analyser ces enjeux à travers les prisme du développement durable.

 

Les enjeux économiques pour la Villa 31 : la survie par tous les moyens

Comme nous l'avons mentionné, la menace d'une nouvelle récession suite à la crise économique traumatisante qui a frappé le pays en 2001, pèse comme une épée de Damoclès au-dessus de tous les esprits. Si les conséquences de cette crise ont été dramatiques sur le plan économique à proprement parler (en termes de production) pour le pays, elle a surtout entraîné une très grande précarité parmi la population portègne ainsi qu'une grande méfiance à l'égard d'un Etat qui a divisé par trois la valeur de sa monnaie en quelques mois. Dès lors on comprend que les défis en termes économiques sont importants pour la ville : redresser la pente en conciliant à la fois le développement des secteurs moteurs de l'économie, et les populations les moins formées et les plus marginalisés. Nous l'aurons compris, l'analyse d'un territoire tel qu'un bidonville en termes économiques s'avère très particulier en raison du rôle important qu'y jouent les activités informelles. Toutefois il s'avère plus simple de fournir une caractérisation qualitative[6] de son tissu économique dans la mesure où celui-ci est moins diversifié que dans une zone de droit commun.

Au sein même de la Villa 31, les principales activités économiques tournent autour du commerce. En effet, nombre de rez-de-chaussée ont été transformés en commerces de proximité généralement familiaux et vendant des produits divers tels que des fruits, des légumes, des sucreries, du matériel scolaire, des vêtements ou encore des produits de nettoyage. Des restaurants populaires sont également éparpillés dans la villa, et en particulier dans son centre, bien qu'il existe des centres communautaires qui offrent des repas aux habitants les plus démunis. Des vendeurs ambulants y travaillent également, vendant des objets divers allant des journaux jusqu'à de la nourriture. La plupart des maisons de la villa comptent une pièce qui sert d'atelier, dans laquelle sont produits toutes sortes de biens, dont des pièces servant à réparer des voitures.

En dehors de la villa, dans la ville « formelle », les habitants pratiquent différentes activités, et, surtout depuis la crise de 2001 qui a entraîné un appauvrissement des plus pauvres, pas seulement les plus précaires. En effet,  les villeros travaillent ainsi comme femmes de ménage, chauffeurs de taxi, vendeurs ambulants, ou employés divers. Le secteur du textile constitue une branche d'activités principale, notamment par les liens qui existent entre la Villa 31 et les pays voisins (Bolivie, Paraguay et Pérou), d'où sont originaires nombre de villeros, où la main d œuvre est moins chère et où le marché des contrefaçons foisonne. Ainsi, des vêtements à bas prix, faits sur place dans la villa ou importés, sont vendus sur un marché plus ou moins légal qui se trouve située entre la station de trains Retiro et la villa, ce qui constitue l'un des principaux revenus des habitants. Des « kioscos » tenus par des habitants de la Villa 31 et des marchands ambulants travaillent également autour de la station de trains, vendant de la nourriture, des journaux, des cartes téléphoniques etc. En bref, l'économie qui fait vivre les habitants se trouve perpétuellement à la frontière entre l'informel et de l'illégal, mais c'est surtout le statut d'immigré illégal qui leur fait craindre la police. S'il est impossible de quantifier l'ampleur du narcotrafic, il semble bien que celui-ci soit présent, bien que relativement minoritaire. Mais d'une manière générale, « toutes ces économies sont lubrifiées par des flux inépuisables de solidarité qui transforme l'humiliation en dignité »[7].

Les Cartoneros

L'Argentine qui, jusqu'en 2001 était un modèle de réussite du néo-libéralisme en Amérique latine a basculé dans la terrible crise que nous avons évoquée plus haut. Dès lors, si les classes moyennes se sont fortement paupérisées, elles ont conservé un certain niveau de vie grâce à un cordon de sécurité minimum dont elles disposaient, ce qui n'était pas le cas des plus pauvres, déjà vivant dans des villas ou étant contraints de s'y installer. Ceux-ci ont alors basculé dans une très grande  précarité qui en a conduit certains à revendre de manière informelle des déchets retrouvés dans les poubelles de la ville-centre pour survivre. Peu après, le gouvernement de Buenos Aires a décidé d'encadrer cette pratique avant de l'intégrer dans son programme de sélection et de récupération des déchets, en vue de lutter contre le problème des décharges métropolitaines et dans le but de redonner à la ville une certaine image de marque. Les conditions matérielles de la bonne réalisation de ce travail tiennent essentiellement à la mobilité des cartoneros qui habitent dans la Villa 31, afin que ceux-ci puissent transporter les volumes énormes de déchets de la ville aux usines de recyclage, dont une se trouve dans la villa même. Pour ce faire, un train spécial, circulant sur les mêmes rails que les trains communs, relie la banlieue nord de Buenos Aires à Retiro. Ce train est en réalité constitué d'anciens wagons qui ressemblent à s'y méprendre à des trains de transport de bétail, mais qui présentent le double intérêt de ne pas mélanger les cartoneros au reste des portègnes, ainsi que d'offrir des volumes plus grands pour contenir les grandes quantités de déchets, généralement chargés sur des charrettes en bois.

 

En bref, l'économie de la Villa 31 est une économie du bricolage pour la survie, appuyée par le gouvernement local et national lorsque celui-ci y trouve un intérêt, et qui maintient les habitants dans des conditions matérielles minimales nécessaires pour continuer de travailler sur le même modèle sans disposer d'aucune perspective d'amélioration.

 

 

Les enjeux sociaux : la reconnaissance de la dignité par l'urbanisation

Pour Ronaldo Munck[8], la notion d'exclusion sociale représente le nouveau paradigme dans l'étude de la pauvreté. En effet, à la différence de la notion de pauvreté économique, elle permet de rompre définitivement avec des concepts économicistes et individualistes centrés sur les individus, pour s'intéresser aux relations entre eux. Elle traduit une idée dynamique plus qu'un état statique, reproduisant ainsi les processus complexes d'inclusion et d'exclusion qui sont au cœur de la société capitaliste contemporaine. On comprend donc que la grande pauvreté économique des habitants de la Villa 31 ne peut être saisie de manière pertinente que si l'on analyse en complément l'état des relations sociales et des demandes sociales internes à la villa, mais aussi les dynamiques sociales qui régissent les relations avec l'extérieur.

L'Argentine est un pays où la tradition de la revendication populaire contre les décisions politiques est forte. Les exemples des traditionnels « cacerolazos »[9] ou des actions fréquentes des « piqueteros »[10], largement soutenues par la population sont à cet égard significatifs. De même, les habitants des villas, si tous ne disposent pas du droit de vote car n'ayant pas tous de papiers officiels, ont l'habitude de se mobiliser dans l'espace public pour faire valoir leurs intérêts ou simplement revendiquer leur reconnaissance. Cela a notamment été le cas le 14 décembre 2007, lorsque les habitants de la Villa 31 ont organisé une grande manifestation pour réclamer une reconnaissance de leur droit à la dignité et pour mettre fin à l'obstination des pouvoirs publics locaux et nationaux à fermer les yeux sur leur situation. Nombre de pancartes brandissaient des slogans demandant « l'urbanisation » de la villa pour améliorer les conditions de vie insalubres voire dangereuses dans lesquelles vivent les habitants[11].

La Villa 31, du fait de sa centralité géographique et des opportunités que son territoire permettrait pour des promoteurs immobiliers privés, est devenue la principale villa à être ouvertement opposée à la municipalité de droite de Mauricio Macri, élu en 2007. En effet, le programme de ce dernier, ancien chef d'entreprise proche des grands promoteurs immobiliers de la ville, promettait l'éradication d'une grande partie des bidonvilles de Buenos Aires, et les déplacements de leurs populations vers la périphérie de la ville. Or le traumatisme causé par les opérations du gouvernement dictatorial militaire durant les années 1979 - 1984, pendant lesquelles des habitants de la Villa 31 étaient enlevés en pleine nuit pour se retrouver en banlieue lointaine, a laissé des marques profondes. La mémoire de ces épisodes a en effet entraîné  un fort sentiment de vulnérabilité chez les habitants, mais aussi une volonté de ne plus subir de telles atteintes à la dignité sans réagir. Le double discours de la municipalité, d'éradication de la Villa 31 tenu aux habitants de la ville-centre, et d'urbanisation promise aux habitants de la villa, consolide ces derniers dans leur méfiance.

La solidarité et la foi semblent être des traits qui permettent de caractériser avec justesse les relations sociales au sein de la villa. Ainsi, les nombreuses églises sont des lieux clés de la vie communautaire, construites collectivement par les habitants, et les curés sont des figures de proue de la vie locale, tel que Carlos Mugica assassiné en 1974. A titre d'illustration de cette fonction fondamentale des prêtres, nous pouvons mentionner ici le fait que, le 11 juin 2007 quinze prêtres de sept villas différentes ont publié « les Réflexions sur l'urbanisation et le respect pour la culture villera »[12], document dans lequel ils soulignent les côtés positifs de la vie sociale qui se déroule dans les villas, et le besoin de respecter la culture qui s'y est développée. Mais malgré tout, le fait que la Villa 31 soit une forme de zone de non droit, délaissée des pouvoirs publics et soumise à une forme d'autorégulation, certains conflits existent entre les habitants concernant l'utilisation des sols, qui ne fait l'objet d'aucune législation. Les « loyers » ainsi pratiqués semblent dépendre du bon vouloir des propriétaires auto proclamés qui sont des personnages puissant qui tiennent en respect les « locataires »

A l'extérieur de la Villa 31, où une grande partie des habitants passent la majorité de leur temps, l'enjeu de la reconnaissance sociale s'avère particulièrement complexe. En effet, malgré de nombreuses promesses faites au cours des différents mandats politiques récents, très peu d'avancées en termes de respect et de protection ont vu le jour. Comme l'a montré Mike Davis[13], le phénomène de stigmatisation des habitants de bidonvilles se retrouve parfaitement à Buenos Aires, à travers une forme d'ignorance et de rejet. Différents par leur aspect physique et vestimentaire, les villeros ne se mélangent jamais avec le reste de la société, dont ils représentent de véritables parias. Comble du paradoxe de la stigmatisation, la culture populaire, à travers le personnage littéralement déifié de Diego Maradona, issu lui-même d'une ville pauvre du Gran Buenos Aires, fait l'objet d'une admiration profonde et partagée par l'ensemble de la société argentine[14]. On a donc affaire à un véritable malaise social latent dans l'ensemble de la société portègne, et face auquel les habitants des villas ne trouvent refuge que dans le contexte rassurant et protecteur du quartier et de ses structures ou cellules sociales et communautaires[15]. Il s'agit là d'un véritable cercle vicieux, qui ne permet pas de solutionner la question de la mobilité, pourtant fondamentale lorsqu'il s'agit de traiter toute problématique d'exclusion sociale[16]. Les villeros ne se mélangent donc jamais au reste de la population dans les transports, et lorsque  c'est le cas, tout le monde s'en méfie car les identifient à un agresseur potentiel.

 

L'enjeu social envers les pouvoirs publics est donc celui de la reconnaissance passant par l'urbanisation du bidonville. Pour se faire représenter politiquement, mais aussi pour administrer les affaires internes, le pouvoir local s'est organisé de la manière suivante dans la Villa 31 comme dans la plupart des villas miseria : chaque quartier élit une assemblée d'habitants dont le président dispose d'un pouvoir presque absolu. Mais les délégués de pâtés de maison servent à contrebalancer ce pouvoir par une véritable connaissance des besoins et des demandes des habitants, avec qui ils entretiennent des relations directes et quotidiennes. En 2001, un corps de délégués composé de près de soixante membres s'est formé dans la Villa 31, afin d'en représenter les habitants et de contrôler les présidents de quartiers susceptibles de se faire acheter par la municipalité. Or le  fait est que très peu d'avancées ont été réalisées par les pouvoirs en place, qui ne semblent penser qu'à déloger les habitants de la Villa 31 pour utiliser les terrains de manière beaucoup plus rentable économiquement. Ils  entretiennent ainsi la stigmatisation des villeros dans les médias conservateurs, en décrivant la Villa 31 comme un endroit extrêmement dangereux et dont on ne peut ressortir vivant.

 

 

 

La gestion des déchets : une conciliation des intérêts économiques et environnementaux sur le court terme

Suite au Sommet de la Terre de Rio en 1992, le colloque International Solid Waste Association (ISWA) s'est tenu à Buenos Aires en 1993 pour discuter des problèmes de la gestion des déchets solides en ville. La crise des décharges qui apparaissait alors a permis d'envisager la collecte sélective comme une solution. Or, une telle activité aurait impliqué des investissements importants en termes d'équipement et de campagnes de communication destinées aux habitants de la ville, et que celle-ci ne pouvait pas supporter.

La crise qui culmine en 2001 dans le pays et qui plonge des pans entiers de la population dans la pauvreté constitue alors un catalyseur pour sortir de cette crise des décharges. En d'autres termes, la crise économique semble apporter une solution de court terme à la crise des déchets. Elle permet ainsi l'émergence de nouveaux acteurs et de nouvelles pratiques de la gestion des déchets, en faisant du tri sélectif des déchets le seul moyen de survie pour plusieurs milliers de familles portègnes, et ce dès 1998. Le système est le suivant : les déchets recyclables récupérés par les cartoneros sont vendus dans des entrepôts, tout d'abord informels, car ont acquis une véritable valeur économique.

Mais les positions entre les agents économiques de ce cycle sont fortement déséquilibrées car les cartoneros, étant dans l'urgence de subvenir à leurs besoins minimums, ne sont pas en position de négocier avec les grandes entreprises de recyclage. Les liens entre ces dernières et le marché informel du déchet restent d'ailleurs, jusqu'à aujourd'hui, peu clairs et il semble que la mafia joue ici un rôle important. Quand bien même, pour tenter de faire valoir leurs intérêts, certains cartoneros s'organisent en « coopératives de récupérateurs urbains » dès 2001, signant ainsi l'acte de naissance d'un nouvel acteur du développement durable urbain[17]. L'organisation de ce système, fortement encouragé par les pouvoirs publics, repose sur des circuits urbains de collecte sélective et sur des centres de tri, appelés « centres verts ».

Si une telle organisation, soutenue dès 2003 par la municipalité de Buenos Aires qui a passé des contrats de gestion avec des entreprises de ramassage des déchets, semble permettre aux cartoneros de s'assurer des revenus tout juste suffisants pour survivre, elle permet également de contenter les pouvoirs publics en leur offrant une vitrine du développement durable. En effet, lorsque les pouvoirs publics décidèrent, de subventionner le ramassage, le tri, et le recyclage des déchets par des individus vivant dans une grande misère sociale et économique, ils ont ainsi permis de contenir le potentiel explosif que constituent ces individus. La raison en est simple : ceux-ci sont maintenus dans un état de lutte permanent pour la survie, en pleine dépendance vis-à-vis des autorités publiques. Qui plus est, ce système permet alors de régler la question de la gestion des déchets urbains à moindre coût pour la collectivité puisque les services d'une véritable entreprise de gestion des déchets engendreraient évidemment des coûts supérieurs sur l'ensemble du cycle de gestion des déchets. Les entreprises de ramassage s'assurent donc un certain contrôle des déchets à collecter et à transporter, honorant ainsi le contrat signé avec le gouvernement et percevant une manne sur les opérations. « Le déchet recyclable devient donc aussi le faire-valoir politique d'une initiative audacieuse et controversée : diminuer de 50%, en 2012, la quantité de déchets recyclables enfouis en décharge »[18].

D'une manière plus générale, l'ensemble des activités économiques des habitants de la Villa 31, sur le territoire de la villa ou à l'extérieur semblent donc plutôt en accord avec la préservation de l'environnement. En effet, les villeros ne provoquent, dans le cadre de leur mobilité « professionnelle » ou personnelle, quasiment aucune émission de dioxyde de carbone. La raison en est simple : la grande majorité des déplacements se fait à pied, en train, voire à cheval (tirant une charrette). De plus, les matériaux de construction des habitats de la villa sont pour leur immense majorité récupérés, ce qui alimente une forme de recyclage des matériaux de construction. On pourrait donc penser ici que l'équilibre entre social, économique et environnemental semble se tenir puisque les plus pauvres ont du travail, un toit ainsi qu'un environnement social plus ou moins protecteur, et la ville de Buenos Aires semble améliorer sa gestion des déchets.

Mais, comme nous l'avons mentionné en reprenant l'expression de Marie-Noëlle Carré, il ne s'agit là que d'une « vitrine » du développement durable. Car en effet, l'analyse de ce système par la confrontation des enjeux économiques, sociaux et environnementaux propres au territoire étudié sur le long terme révèle des limites voire des contradictions importantes. Comme nous allons le voir, le système que nous venons de décrire ne contribue en réalité qu'à alimenter une poudrière sociale, économique et environnementale dont l'explosion semble contenue sur le court terme, mais s'avère d'autant plus menaçante à long terme.

 

 

 

 

 

Sur le long terme, la poudrière économique, sociale et environnementale s'autoalimente

Comme le montre Mario Margulis[19] dans son ouvrage sur les migrations internes en Argentine de la région de La Rioja vers Buenos Aires, les immigrés qui s'installaient dans les villas étaient originaires de zones rurales, et y développaient généralement une forme de sous-culture inspirée d'un mode de vie rural. Ce phénomène était du à une volonté de se protéger en se créant un univers propre et protecteur un plein cœur d'un espace urbain marginalisant et stigmatisant. Or la ville n'étant pas la campagne, une profonde modification de l'espace et de l'environnement a été entraînée par de telles formes de sociabilité au sein de la villa. Dès lors on peut se demander quels ont été les impacts environnementaux de ces évolutions des formes de la sociabilité accompagnées des évolutions économiques que nous avons déjà mentionnées.

Une double déresponsabilisation néfaste pour l'environnement

 

Le système de la gestion des déchets reposant essentiellement sur l'activité des cartoneros entretient un double phénomène de déresponsabilisation, au niveau individuel et au niveau des pouvoirs publics. En effet, ces premiers comme ces derniers étant quotidiennement confrontés à la difficulté quasi obsessionnelle de remonter la pente depuis la crise de 2001, la « prise en charge » de la gestion des déchets par les plus pauvres pour survivre, bien qu'elle semble « arranger tout le monde », ne constitue pas une véritable réponse au problème de la gestion urbaine des déchets. Une telle question impliquerait, de même que l'ensemble des questions associées au développement durable, une responsabilisation simultanée au niveau des individus et au niveau des pouvoirs publics, pour que les actions de ces premiers puissent s'inscrire dans un cadre plus général fixé par ces seconds.  Or dans le système actuel, la gestion et en particulier le tri des ordures ne se fait pas de manière optimale, précisément en raison du fait que les cartoneros ne sont pas des professionnels encadrés par des règles strictes. Au contraire, leur travail repose d'une certaine manière sur l'appréciation subjective de la valeur des déchets, et sur l'éventuelle possibilité d'en garder une partie pour un usage personnel.

Face à l'existence de ce système de gestion des déchets, très peu de campagnes de sensibilisation ne sont menées auprès des citoyens de l'ensemble de la ville, et très rares sont ceux qui trient eux-mêmes un tant soit peu leurs déchets. Au contraire, ne pas trier procure la sensation de donner du travail aux pauvres, et de contribuer ainsi à leur permettre de survivre. L'image des cartoneros qui arpentent, la nuit tombée, les rues de Buenos Aires, portant des montagnes de déchets sur des charrettes rappelle celle des scarabées, dont quelques uns sont contraints de ramasser les déchets de tous les autres, car capables de porter jusqu'à près de mille fois leur poids. De même, quelques parias de la société sont contraints de nettoyer la ville de ses déchets, contre une rémunération très faible et sans aucune protection sociale, dans un contexte de certaine auto complaisance des individus et des pouvoirs publics. Malgré les pressions d'ONG environnementalistes, soutenues la plupart du temps par des coopératives de récupérateurs urbains, les pouvoirs semblent rester sourds et le véritable problème ne fait que continuer d'être déplacé.

En effet, ce système de gestion des déchets, s'il est condamnable sur le principe, il l'est aussi par son manque d'efficacité. Les « centres verts » n'ont l'air de fonctionner que sur le site Internet de la ville de Buenos Aires et sont confrontés à des dysfonctionnements techniques ou des difficultés d'approvisionnement qui empêchent les coopératives de mener à bien la vente de déchets recyclables. Les déchets déjà produits, ou dont on ne sait pas quoi faire, jonchent les bords du Rio de la Plata, notamment dans la « réserve écologique » de Puerto Madero - qui n'a d'écologique que le nom - ou bien s'entassent dans d'énormes décharges en périphérie lointaine. De manière paradoxale, il n'existe pas vraiment de système de gestion des déchets sur le territoire même de la villa. Au contraire, l'accumulation de tôles, de ferraille et d'autre déchets domestiques et matériaux de récupération marque fortement le paysage, et crée des conditions de vie insalubres pour les habitants. L'absence de systèmes d'évacuation des eaux explique par ailleurs le fait que les rues soient jonchées d'eau croupie, ce qui constitue un important risque de maladies, notamment pour les enfants, et pollue les sols en profondeur. En d'autres termes, les acteurs du nettoyage des espaces publics régis par le droit commun ne sont pas en mesure de le faire chez eux, en raison de l'absence d'infrastructures publiques nécessaires.

 

Un système de débrouille qui alimente les tensions

Nous l'aurons compris, les dessous de l'apparente complémentarité des besoins sociaux, économiques et environnementaux ne sont pas si roses. Au contraire, le système décrit ci-dessus, en plus de ne pas permettre un développement durable de la Villa 31 comme de l'ensemble de la ville de Buenos Aires en termes de gestion des déchets, ne fait qu'alimenter la stigmatisation des villeros et les maintient dans un état de misère économique dont la sortie est quasiment impossible.  La littérature et les différents travaux de recherche contemporains semblent faire l'unanimité : lutter contre les phénomènes de relégation, de marginalisation, et, de manière plus générale, de fragmentation urbaine, implique une redistribution plus grande des pouvoirs et des compétences au niveau local, plus à même de saisir les enjeux et les attentes des habitants[20]. En effet, la démarche s'explique par le fait que le paradigme d'un Etat central technocratique[21] qui dicte ce qu'il pense bon pour les territoires, semble être de plus en plus remis en question. Si cela a pris la forme d'un transfert du pouvoir et des compétences au niveau public local dans les pays en développement, elle s'est traduite à Buenos Aires, comme dans de nombreuses villes de pays en développement, par un véritable abandon de certains territoires. Ainsi, l'auto gestion des villas miseria est monnaie courante, et l'organisation des services en réseau et de l'espace ont pour origine des actions ponctuelles et spontanées réalisées par des impulsions privées ou communautaires. Dès lors, quelle possibilité d'intégrer un projet  territorial de développement de la Villa 31 si celui-ci ne se détermine que de l'intérieur, sans concertation et sans collaboration avec le reste de la ville ? Face à l'impossibilité de concilier ces deux échelons territoriaux - la Villa 31 et l'ensemble de la ville de Buenos Aires - la poudrière que nous avons évoquée précédemment continue de s'alimenter, et la ville continue de fonctionner de manière quasi schizophrénique. On a donc ici une illustration parfaite des dynamiques qui caractérisent une ville à deux vitesses, en raison de la prégnance pour chaque groupe de ses intérêts propres n'étant pas conçus comme interdépendants.

En effet, il semble du côté de la ville-centre et des pouvoirs publics ne pas y avoir de place pour un questionnement post-moderne sur la préservation de l'environnement dont les retombées ne seraient ressenties que sur le long terme, alors que nombre de problèmes immédiats se posent au quotidien dans la gestion de l'agglomération. De la même manière, des populations qui luttent pour survivre au jour le jour sont encore moins à même d'impulser des actions pour préserver l'environnement ou tenter de s'extirper de leur condition économique. C'est la même logique qui est à l'œuvre lorsque le problème des bidonvilles n'est pas véritablement traité par les politiques : l'existence voire la prégnance d'autres priorités apparentes,  associée la possibilité de mettre en veille les difficultés que pose l'existence des villas miseria, explique pourquoi aucune politique publique ne vise à urbaniser ou du moins solutionner de manière profonde la question de la fragmentation urbaine. La situation illégale de nombre de villeros ne leur laisse donc pas la possibilité de voter, et le gouvernement élu, national et municipal, ne perçoivent pas d'intérêt direct à aider ces populations.

 

On semble être là dans une forme de lutte moderne des intérêts, impliquant une hiérarchisation implicite de ces intérêts avant de déterminer un plan d'action. Chacun agit en fonction de son intérêt immédiat, et la concertation pour envisager d'éventuels intérêts communs de long terme - comme l'apaisement des tensions sociales ou la protection de l'environnement - n'existe pas. Or une telle situation ne fait que contenir le potentiel explosif que représente l'existence de la Villa 31 en plein cœur de Buenos Aires, en n'apportant aucune réponse à la précarité du travail des habitants, à l'absence de protection sociale et de réglementation concernant notamment le travail des enfants. Comme nous l'avons dit, aucune perspective de mobilité, et encore moins d'ascension sociale, n'est permise pour les habitants de la villa dans l'état actuel des choses. On pourrait ici adapter l'adage populaire « du pain et des jeux », à cette situation en disant « suffisamment de pain pour vivre, mais pas assez pour se révolter ». En effet, le maintien de la population de la villa dans une situation d'extrême pauvreté ne leur apporte pas de capacitations suffisante pour leur permettre un véritable pouvoir de revendication. Comme l'a déjà montré Michael Lipton[22] en 1977, la pauvreté urbaine fait moins l'objet de politiques publiques car on la considère à tort comme moins extrême que la pauvreté rurale en raison de la proximité dans l'espace urbain de services tels que l'eau, les soins etc. Or la proximité n'implique pas l'accès. Au contraire, elle entraîne des inégalités et des tensions plus grandes. Cette analyse peut tout à fait être transposée à l'objet de notre étude, puisqu'il existe effectivement une forme de négation implicite du potentiel explosif économique, social et environnemental que constitue la Villa 31 et le modèle d'activités économiques selon lequel elle fonctionne.

 

On en arrive donc, pour terminer notre réflexion sur la durabilité du système de gestion des déchets actuels à Buenos Aires, et plus généralement sur l'articulation et les tensions entre les enjeux économiques, sociaux et environnementaux de la Villa 31, à toucher du doigt un problème essentiel : l'absence de concertation et de reconnaissance des problèmes à traiter en priorité. Le fait que l'amélioration des conditions de vie des habitants des bidonvilles ne soit pas reconnue comme une priorité des Objectifs du Millénaire en atteste. Mais pour nuancer le tableau pessimiste que nous venons de peindre, il convient de préciser que, malgré un certain regain d'individualisme dans les comportements causés par la crise récente, un sentiment de solidarité semble caractériser de manière paradoxale les relations interpersonnelles à Buenos Aires ainsi que dans l'ensemble du pays. De la même manière, une certaine prise de conscience des enjeux de long terme et des impacts environnementaux de l'activité humaine semble se faire progressivement, notamment avec l'apparition du thème de la responsabilité sociale et environnementale de l'entreprise. Il est toutefois vrai que la sensibilité au respect de l'environnement dans les actes quotidiens semble rester une caractéristique des parties les plus aisées de la population, plus proches du paradigme de la post-modernité car prenant en compte dans la mesure de leur bien-être des paramètres différents des besoins primaires tels que la présence de la nature etc.  Reste maintenant à savoir si ces évolutions seront l'occasion d'une réflexion plus large sur les questions de la fragmentation socio spatiale et sur les moyens de lutter contre le phénomène de relégation, parfois au centre de la ville comme c'est le cas de la Villa 31, de plusieurs dizaines de milliers d'habitants.

 

 

 

 

Conclusion

Nous avons donc pu voir, à travers cette analyse, un exemple particulièrement intéressant au regard du questionnement sur la durabilité du développement, dans la mesure ou il semble a priori qu'il existe  un bon équilibre et une complémentarité entre les enjeux économiques, sociaux et environnementaux du territoire étudié. Or le modèle décrit, d'utilisation à moindre coût de populations très pauvres au service de la gestion des déchets urbains, a de nombreuses causes, mais aussi conséquences, qui compromettent fondamentalement sa durabilité. Plus que de « modèle », il conviendrait de parler de système de débrouille, visant à mettre en veille la poudrière que constitue la Villa 31 mais aussi l'ensemble des villas de la capitale. Cet exemple nous a également permis d'effectuer une réflexion sur l'articulation entre les différentes échelles de territoire concernées parla problématique du développement durable. Cela nous a notamment permis de mettre en lumières une logique de NIMBY, notamment à travers le fait que les pouvoirs publics et la population portègne persistent à fermer les yeux sur les conditions dans lesquelles « travaillent » les plus pauvres, mais aussi sur le fait que l'on puisse rejeter et laisser s'entasser des déchets à la périphérie de la ville sans réagir. C'est donc, derrière l'apparente durabilité de la gestion des déchets par les cartoneros, à un véritable déplacement du problème, qu'on a affaire, au prix d'une intensification de ce problème. Sur le long terme, il semble bien que les intérêts économiques, sociaux, et environnementaux de la population de la Villa 31, mais aussi de l'ensemble de la ville de Buenos Aires aillent dans le même sens, à savoir vers la reconnaissance sociale, l'intégration économique, et la préservation de l'environnement. Or cela impliquerait d'en cesser avec le clientélisme, mais surtout de prendre du recul par rapport à la menace perpétuelle d'une nouvelle récession qui paralyse les autorités publiques et les acteurs privés dans une logique de court terme.

 

Bibliographie :

 

Ouvrages :

 

- BASTIA T. « Urbanización, migración y exclusión social: viñetas desde las villas miseria » Papeles, 98 sur les conséquences de la non-durabilité, p 83-91.

 

- BOLAY J-C. "Slums and Urban Development : Questions on Society and Globalisation", in The European Journal of Development Research, vol. 18, num. 2, 2006, p. 284-298.

 

- DAVIS M. "Planet of Slums" Verso, London and New York, 2006

 

- LIPTON M. "Why Poor People Stay Poor: Urban Bias in World Development", Harvard University Press, Cambridge, Massachusetts, 1977.

 

- MARGULIS M. « Migración y marginalidad en la sociedad Argentina » Paidos, Buenos Aires, 1974.

 

- MUNCK R. "Globalization and Social Exclusion: A Transformationalist Perspective" Kumarian Press, Bloomfield, 2005.

 

 

 

Articles:

 

- CARRE M-N. « Buenos Aires, ou les territoires de la récupér-action », article publié le 18 novembre 2008 dans Géoconfluences, DGESCO - ENS LSH, Lyon.

- « Buenos Aires : quand les plus pauvres résistent au « nettoyage social » » article de Raul Zibechi publié dans la revue Alternatives Internationales le dimanche 22 février 2009.

Autre :

« Reflexiones sobre la urbanización y el respeto a la cultura villera », Equipo de Sacerdotes para las villas de emergencia, Buenos Aires, 11 juin 2007.

 



[1] L'exemple de la Villa 31 que nous traîtons ici étant le plus révélateur.

[2] « Portègne » signifie de Buenos Aires, la ville ayant été initialement fondé sur des fonctions portuaires.

[3] « Têtes noires », en référence à leur couleur de peau et de cheveux plus foncée que les Argentins descendants d'Européens.

[4] La population de la Villa 31 a augmenté de 20% en douze mois entre l'année 2007 et 2008. cf

[5] BASTIA T. 'Urbanización, migración y exclusión social: viñetas desde las villas miseria' Papeles, 98 sur les conséquences de la non-durabilité, p 83-91.

[6] Précisons ici que des éléments de caractérisation quantitatifs sont bien entendu très difficiles à trouver au sujet de tel espaces relativement délaissés par les pouvoirs publics et par les études impliquant des instruments de mesure précis.  Les dernières données officielles concernant la Villa 31 datent de 2003, or, compte tenu de la rapidité des évolutions qui y ont lieu, celles-ci ne sont plus du tout pertinentes aujourd'hui. mesure précis.  Les dernières données officielles concernant la Villa 31 datent de 2003, or, compte tenu de la rapidité des évolutions qui y ont lieu, celles-ci ne sont plus du tout pertinentes aujourd'hui.

[7] « Buenos Aires : quand les plus pauvres résistent au « nettoyage social » » article de Raul Zibechi publié dans la revue Alternatives Internationales le dimanche 22 février 2009.

 

[8] MUNCK R. "Globalization and Social Exclusion: A Transformationalist Perspective" Kumarian Press, Bloomfield, 2005.

[9] Pour manifester leur mécontentement face à des mesures politiques ou des propos tenus par des représentants politiques, les portègnes ont l'habitude d'entrechoquer des casseroles à leur fenêtre ou dans la rue, occasionnant ainsi un véritable vacarme.

[10] Les « piqueteros » sont des agriculteurs ou des éleveurs qui, lorsqu'ils souhaitent s'opposer à des réformes politiques, bloquent pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines l'alimentation des grandes villes en produits de base venant de l'intérieur par camions.

[11] Des photographies de cette mobilisation sont visualisables en ligne : http://fre.habitants.org/nouvelles/galeries_d_images/movilizacion_de_villa_31_de_buenos_aires_del_14_de_diciembre_2007

[12] « Reflexiones sobre la urbanización y el respeto a la cultura villera », Equipo de Sacerdotes para las villas de emergencia, Buenos Aires, 11 juin 2007.

[13] DAVIS M. "Planet of Slums" Verso, London and New York, 2006

[14] On peut ici faire un parallèle avec la situation de malaise ressentie par des jeunes Français issus de l'immigration et qui ne sentent des Français reconnus que lors de victoires sportives d'une équipe de France dite « Black-Blanc-Beur ». Citons ici le rappeur français Sefyu dans sa chanson « La Légende » : « La légende ( ...) nous autorise à porter haut les couleurs de la France qu'aux J.O. ou comme Thuram en coupe du monde ».

[15] BASTIA T.  op. cit.

[16] DONZELOT J. « Quand la ville se défait - Quelle politique face à la crise des banlieues? », Collection Points, Paris, numéro 591, Janvier 2008, p 151.

 

[17] CARRE M-N. « Buenos Aires, ou les territoires de la récupér-action », article publié le 18 novembre 2008 dans Géoconfluences, DGESCO - ENS LSH, Lyon

[18] Ibid.

[19] MARGULIS M. « Migración y marginalidad en la sociedad Argentina » Paidos, Buenos Aires, 1974.

 

[20] BOLAY J-C. "Slums and Urban Development : Questions on Society and Globalisation", in The European Journal of Development Research, vol. 18, num. 2, 2006, p. 284-298

 

[21] DONZELOT J. op. cit.

 

[22] LIPTON M. "Why Poor People Stay Poor: Urban Bias in World Development", Harvard University Press, Cambridge, Massachusetts, 1977.

Última actualización el Viernes, 23 de Octubre de 2009 22:41
 

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